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La Jordanie et Pétra

 

Je vais commencer par vous parler de Pétra avec le point de vue, le ressenti d’un sophrologue et bientôt, je reviendrai sur la visite des châteaux du désert : Kharaneh, Amra et Azraq, situés à l’est d’Amman.

Chaque voyage en Jordanie m’éblouit. J’ai mis du temps pour retrouver mes repères. Tout comme pour les personnes que j’accompagnais. Chacune a vécu une expérience, ses expériences, parcourues de sensations, d’émotions, de sentiments, d’énergies, de prises de conscience… Chacune renforce ses forces positives, avance sur son chemin.

Un chemin à travers des paysages désertiques remarquables : la couleur des rochers qui change d’heure en heure, les déserts de sable, les couchers de soleil… tout devient lumière. Le fait aussi de nous retrouver sur des lieux où sont nées nos religions. L’époque biblique, la mer Morte, la vallée du Jourdain. les cités romaines, le début de l’Islam, les croisades… partout émergent les traces de civilisations disparues.

Mais la Jordanie n’est pas qu’un désert. Il y a aussi beaucoup de vie. D’abord dans la capitale, Amman, mais également sur des sites touristiques comme Pétra, Jerash et parfois même dans le Wadi Rum. Mais comme ces sites sont immenses, on trouve facilement un secteur pour s’isoler, méditer, faire une séance de sophrologie, se ressourcer.

Pétra dans l’Antiquité

Comme vous le savez, elle fut la capitale des nabatéens, un peuple de fermiers, éleveurs et cultivateurs, habiles pour gérer les ressources en eau. Située sur les routes reliant la Chine à Rome, Pétra est devenue un carrefour commercial stratégique. Les caravanes y trouvaient eau et protection, en échange d’une taxe sur les produits en transit. Il y a 2 000 ans, la cité s’étendait sur environ 10 km2. Après l’arrivée des romains, Pétra a continué à prospérer et bénéficier de nombreux embellissements. Jusqu’à son déclin lorsque les routes commerciales furent modifiées.

Visite de Pétra en « conscience sophronique »

 

Expliquer la visite d’un site antique avec le point de vue d’un sophrologue n’est pas simple. Je me trouve à la croisée de l’archéologie, discipline scientifique, et de la phénoménologie, courant philosophique. Il y a la part du réel multiple et celle de la conscience, de l’expérience vécue. Que me dévoile Pétra ?

Pour visiter la cité, nous avons mis deux jours et encore ça n’est pas suffisant pour tout voir, mais ce fut largement assez pour nos jambes. Pour traverser la cité, depuis Wadi Musa jusqu’au Monastère et revenir, il faut parcourir environ 20 km.

La Khazneh de Petra en Jordanie, vu à travers le Sik.

Le Khazneh

 

Passée l’entrée des visiteurs, nous marchons quelques centaines de mètres et arrivons dans le Sîq. Nous suivons dans la pénombre ce long défilé sinueux de grés rose, qui nous mènera jusqu’à la Pétra. L’ambiance est mystérieuse. Nous débouchons enfin sur le Khazneh, appelé aussi le trésor, éclairé par la lumière du matin. Vous avez probablement aperçu sa façade dans un reportage, un Indiana Jones ou dans Coke en Stock d’Hergé.

Le Khazneh est éblouissant. Nous en prenons plein les yeux. Je le connaissais déjà mais je ressens à nouveau un mélange de surprise et d’admiration. Nous stoppons pour admirer le monument. Il est sculpté dans le rocher, à un endroit choisi probablement pour impressionner le visiteur avant l’entrée dans la cité. Il semble planté là comme un décor de théâtre. C’est peut-être le tombeau d’un souverain, qui vient nous rappeler la fragilité du vivant. Carpe diem.

Puis nous suivons le défilé pour arriver rapidement au théâtre antique. Nous dépassons les tombeaux royaux, parcourons la rue à colonnades… et filons vers le Monastère pour arriver avant le flot des touristes.

Le Monastère

 

Pour monter jusqu’au Monastère (Ad-Deir), nous devons gravir environ 800 marches. Cette ascension finit par ressembler à une procession, avec ses haltes. Des dizaines, des centaines de milliers d’êtres ont déjà parcouru ce chemin dans l’antiquité. Et aujourd’hui, nous sommes en pèlerinage. C’est vraiment une expérience à vivre en conscience.

Le monastère, ad-Deir, à Pétra en Jordanie

Le Monastère était sans aucun doute un lieu important de culte. Le monument est aussi beau que le trésor, la mise en scène aussi efficace. Nous prenons le temps d’admirer le Deir, installés au café troglodyte qui lui fait face. Pause déjeuner, nous avons emporté quelques friandises pour nous revigorer : des dattes fraiches à la saveur subtile et de petites bananes douces et sucrées achetées la veille à Safi, près de la mer Morte.

Puis nous décidons de suivre le chemin en direction de Little Petra par la montagne. Après 20 minutes, nous arrivons sur un belvédère naturel, où nous prenons le temps de méditer face à la vallée du Jourdain. Le silence, la caresse de la brise, le passage de quelques oiseaux, le temps semble suspendu.

Nous prenons le chemin du retour pour descendre les 800 ou 900 marches. Quand on aime, on ne compte plus… Le passage est encombré de mulets et d’ânes qui transportent les touristes épuisés ou âgés. Certains animaux semblent souffrir, eux aussi, de cette ascension. Ça sent la maltraitante animale. Et puis, il y a ce parfum qui balise le chemin, même si du personnel ramasse régulièrement le crottin. Sincèrement, je préfère l’odeur du rocher chauffé par le soleil.

 

Les tombeaux royaux

Le lendemain, notre journée est plus relax pour nos jambes avec la visite des tombeaux royaux et des églises. Partout, nous observons des nuances de couleur, à l’extérieur, à l’intérieur des bâtiments. Des strates de couleurs dans les grès, rouge, jaune, orange, brun… qui se modifient avec la lumière du soleil. La pierre est douce et chaude au toucher. Et partout de la poussière de grès, du sable.

A propos du paysage, « ces roches, sans vraiment de végétation, amènent à ressentir de la pureté… juste une matière, seule, unique… et cependant, dans cette simplicité, toute l’histoire d’un passé inscrit par la main de l’Homme, mais aussi par la nature. Couleurs, forme, creux, reliefs… sont autant d’invitations à l’imagination » nous confie Françoise, future sophrologue.

Palette de couleurs dans les grès multicolores de Pétra

Les églises

 

Après les tombeaux royaux, nous allons vers l’église byzantine construite sur des vestiges nabatéens. Son sol est en partie pavé de mosaïques : animaux, personnages, plantes. Nous découvrons aussi un émouvant baptistère avec son bassin cruciforme. En continuant à monter, nous arrivons à Blue Church, avec ses colonnes en marbre bleu d’Egypte. Et encore plus haut, l’église de crête, au sommet de la colline surplombant le Wadi Abu’Ulayga.

Parcourant l’horizon, j’imagine difficilement une ville avec ses villas, commerces, thermes… et ses fontaines, bassins, piscines, jardins et, plus loin dans les vallons, des arbres fruitiers, des vignes. C’était une riche cité. Sans vouloir faire de jeu de mots, aujourd’hui tout est pétrifié. Seuls subsistent les bâtiments creusés dans le rocher et les vestiges qui ont échappé aux tremblements de terre. Je m’interroge sur la fragilité des civilisations. Que restera-t-il de nos villes modernes dans 2 000 ans ?

Les cinq sens

 

Du sommet, nous avons un point de vue panoramique à 360° sur Pétra, visible sur la vidéo. Ce que cette vidéo ne peut pas transmettre, c’est évidemment le ressenti. Voir des images c’est bien, le vivre c’est autre chose. Sur un film, deux de nos cinq sens sont sollicité : la vue et l’ouïe. Ensuite, c’est le cortex qui fait son boulot, qui fait son cinéma. Arrivent les émotions, les sentiments liés aux images, mais rien pour l’odorat, le goût, le toucher et le corps dans son ensemble.

A propos du ressenti, je reviens sur l’église byzantine et une expérience étonnante. Au centre, face à l’autel, se trouve un cercle. En vous plaçant dans ce cercle, en posture verticale, dans la détente et l’écoute attentive, vous allez ressentir une vibration, une grande énergie remonter du sol. Les personnes qui m’accompagnaient ont fait la même expérience. Je ne ferai aucun commentaire. J’observe seulement le phénomène.

Pétra de nuit

 

Pour clore ces deux journées, nous avons la bonne idée d’assister au spectacle de nuit, mais c’est deux heures de marche supplémentaires. Au niveau de l’ambiance, le lieu est magique. D’abord, nous retraversons le Sîq à la lueur des bougies, ensuite, la façade du « Trésor » est éclairée par un jeu de lumières.

Personnellement, j’ai regretté l’incapacité de certains touristes à rester assis et à se taire. Les hommes sont-ils trop habitués à l’agitation pour apprécier le calme ? Je crois que le spectacle Petra by Night mériterait largement d’être plus encadré : canaliser les spectateurs et renforcer la sono pour les musiciens et le narrateur.

Nous regagnons notre hôtel dans la douceur de la nuit. Nous rêverons peut-être à la cité antique ou bien au Wadi Rum, notre prochaine destination. Demain, nous poursuivrons la route à la « découverte d’un autre monde, d’un autre pays… mais aussi de notre monde intérieur. Un rapprochement avec nous-même, nous m’aime… un temps d’observation bienveillant », nous dira Françoise.

A Pétra de nuit, le Trésor éclairé par des centaines de chandelles.

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